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sur le dernier livre de Maurice Berger

Publié le par Jean Cartry-Servin

Maurice Berger « De l’Incivilité au Terrorisme » Dunod 2016

 

 

Qu’il s’agisse d’enfants ou d’adolescents confiés à son service hospitalier ou rencontrés lors d’expertises judiciaires et, plus récemment dans le CER où il intervient, Maurice Berger se pose depuis très longtemps la question de leur violence. Il est un des rares praticiens attachés à la constitution d’une clinique de la violence et nous donne, aux éditions Dunod, un livre écrit très simplement, pour tout public et nullement inféodé à une idéologie non plus qu’à une théorie dominante.

Tout est dit en quelques mots au commencement du livre sur le déficit du symbolique et de la pensée chez les jeunes rencontrés par l’auteur : « Il y a violence lorsque la parole est inefficace et ne fait pas tiers »

Le livre de Maurice Berger est organisé tout entier autour de ce constat : « Nos recherches montrent que la violence d’un sujet se construit le plus souvent pendant les deux premières années de sa vie, quand il ne peut pas mettre de mots sur ce qu’il ressent et enregistre à l’état brut des traumatismes affectifs répétitif » et ce dans 90% des cas.

Il est fondamental de bien comprendre que la violence dont l’enfant est témoin, notamment celle de ses parents entre eux, est encore plus traumatisante que celle dont il peut être l’objet et qu’elle explique : « Les flashs violents avec reviviscence hallucinatoire d’un moment traumatique du passé. » Il s’agit donc d’une : de la violence« mise à l’intérieur de soi ».

Maurice Berger décrit les formes et les manifestations cliniques de la violence, qu’elles soient en rapport avec des déficits cognitifs et sensoriels liés à des troubles de l’attachement, à l’incapacité de « faire semblant », à la jouissance sadique, au sentiment global d’être persécuté. Comme aussi au « lâchage des interdits » élémentaires par les parents en famille ou les éducateurs en institution.

Une incursion clinique chez les enfants de l’immigration montre que les tueurs qui ont ensanglanté la France ont presque tous vécu des placements consécutifs à une enfance marquée par la violence intrafamiliale dans les cultures où la femme est en minorité. Maurice Berger montre comment l’incapacité de penser avec autonomie conduit à la violence terroriste.

Qu’il s’agisse de la crudité infantile de la violence, ou de la violence d’un ado à évolution psychopathique, ou qu’elle s’exerce au nom de Dieu, la violence est toujours la conséquence d’un déficit de la pensée.

En ce sens, la violence est foncièrement terroriste.

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